Milieux prairiaux/Ecologie utile pour la pratique

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Les prairies mi-sèches riches en fleurs ont fortement diminué et devraient donc être favorisées comme de nombreux autres habitats prairiaux.

Habitats des milieux prairiaux

Le chapitre Origine des milieux prairiaux traite de plus près la naissance, l’histoire et le développement des milieux prairiaux. Dans cet article, nous employons, pour les types d’habitats non fertilisés et ceux qui ne sont pas anthropogènes, la classification de Delarze et al. (2015) ; pour les herbages fertilisés (prairies et pâturages gras), nous utilisons celle de Bosshard (2016). Les zones humides, les marais, les clairières forestières, les surfaces rudérales et la végétation pionnière sont traités dans d’autres articles du présent site. Les friches à graminées ne sont pas abordées ; comme il s’agit souvent d’associations rudérales, elles se verront traitées plus tard dans un autre article, le cas échéant.

Le tableau suivant (d’après Delarze et al. 2015) montre les habitats du domaine « milieux prairiaux » qui, selon notre évaluation, nécessitent des mesures de promotion (voir chapitre Conservation et revalorisation par l’optimisation de l’exploitation (oui/non). Cette évaluation se base sur les indications concernant la « situation en Suisse » et sur la faisabilité de la promotion par l’être humain (création par l’être humain possible). Les habitats marqués d’un « P », pour habitats primaires, sont ceux qui ne dépendent pas d’une influence anthropogène, et ceux avec un « (P) » ne nécessitent généralement pas d’exploitation par les humains pour exister au-dessus de la limite de la forêt (source : Delarze et al. 2015). Degré de menace : LC = non menacé, NT = potentiellement menacé, VU = vulnérable, EN = en danger. Degré de régénération (R) : R2 = 5 à 10 ans, R3 = 10 à 25 ans, R4 = 25 à 50 ans, R5 = 50 à 200 ans (source : Delarze et al. 2015). Pour les prairies et pâturages gras, c’est la classification de Bosshard (2016) qui est reprise (n° 4.5, marqué d’une *). n.d. = non disponible.

Nr. Description Mesures nécessaires Menace Durée de régénération
4 Pelouses et prairies
4.0 Gazons et prairies artificielles
4.0.1 Prairie temporaire sur terre assolée non
4.0.2 Gazon artificiel, terrain de sport, milieu urbain, etc. non
4.0.3 Ensemencement après terrassement à basse altitude (talus de route, etc.) non
4.0.4 Ensemencement après terrassement à haute altitude (piste de ski, etc.) non
4.1 Dalles rocheuses et lapiez
4.1.1 Végétation des dalles calcaires de basse altitude Alysso-Sedion oui, P NT R4
4.1.2 Végétation des dalles calcaires et lapiez de montagne Drabo-Seslerion non, P LC R4
4.1.3 Végétation des dalles siliceuses de basse altitude Sedo-Veronicion oui, P VU R4
4.1.4 Végétation des dalles siliceuses de montagne Sedo-Scleranthion non, P NT R4
4.2 Pelouses sèches thermophiles
4.2.1 Pelouses sèches thermophiles (climat continental, Valais central et Grisons) Stipo-Poion et Cirsio-Brachypodion oui VU R4
4.2.2 Pelouse sèche médio-européenne Xerobromion oui VU R4
4.2.3 Pelouse sèche insubrienne Diplachnion (oui) EN R4
4.2.4 Pelouse mi-sèche médio-européenne Mesobromion oui VU R3
4.3 Pelouses et pâturages maigres d’altitude
4.3.1 Pelouse calcaire sèche à seslerie Seslerion en partie, (P) NT R3
4.3.2 Pelouse calcaire sèche à laiche ferme Caricion firmae non, P LC R5
4.3.3 Pelouse calcaire fraîche Caricion ferrugineae oui, (P) NT R3
4.3.4 Gazon des crêtes ventées Elynion non, P LC R5
4.3.5 Pâturage maigre acide Nardion oui, (P) LC R3
4.3.6 Pelouse rocheuse acide Festucion variae oui, (P) NT R4
4.3.7 Pelouse acide de l’étage alpin supérieur Caricion curvulae non, P LC R5
4.4 Combes à neige
4.4.1 Combe à neige calcaire Arabidion caerulae non, P LC R4
4.4.2 Combe à neige acide Salicion herbaceae non, P LC R4
4.5* Prairies grasses
4.5.1* Prairie de fauche de basse altitude Arrhenatherion oui LC bis VU R2
4.5.2* Prairie de fauche de montagne Polygono-Trisetion oui LC R3
4.5.3* Pâturage de basse et moyenne altitude Cynosurion LC R2
4.5.4* Pâturage gras subalpin et alpin Poion alpinae LC R2
4.6 Friches à graminées
4.6.1 Friche à chiendent Convolvulo-Agropyrion (oui) VU R2
4.6.2 Friche à Brachypodium pinnatum n.d. n.d. n.d.
4.6.3 Friche à Arrhenaterum elatius n.d. n.d. n.d.
4.6.4 Friche à Molinia arundinacea n.d. n.d. n.d.
4.6.5 Friche à Calamagrostis varia n.d. n.d. n.d.


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Classification des milieux prairiaux fertilisés (prairies et pâturages gras).
° Le chiffre correspond au nombre habituel d’utilisations annuelles (+/-1).
Source: Bosshard, A., 2016. Das Naturwiesland der Schweiz und Mitteleuropas. Mit besonderer Berücksichtigung der Fromentalwiesen und des standortgemässen Futterbaus, Bristol-Schriftenreihe Band 50. Haupt Verlag, Bern. © Andreas Bosshard (en allemand).

Informations complémentaires : L’ouvrage « Guide des milieux naturels de Suisse » (Delarze et al. 2015) décrit l’aspect, la structure, les caractéristiques biologiques et les facteurs écologiques des groupes d’habitats. Des fiches donnent les caractéristiques de chaque habitat : y sont décrits l’aspect et l’écologie, le lien avec l’être humain, la définition et les limites, la classification, les espèces caractéristiques, les valeurs biologiques, les exigences écologiques et les menaces, ainsi que la répartition. Dans son chapitre 5, le livre « Das Naturwiesland der Schweiz und Mitteleuropas » (Bosshard 2016) – disponible uniquement en allemand – traite la typologie des prairies ; il propose et explique une nouvelle classification des milieux prairiaux fertilisés. Le site internet sur les milieux de Suisse (TypoCH) indique les espèces dominantes, les caractéristiques et les espèces moins strictement liées à chaque habitat.

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Sélection de types de prairies (depuis en haut à gauche) : prairie mi-sèche, prairie de fauche de montagne, pelouse sèche, pelouse calcaire sèche à laîche ferme.

Facteurs déterminants

D’une part, la flore et la faune présentes dans un habitat dépendent de facteurs liés à la station et des interactions écologiques ; d’autre part, la forme que prennent les habitats dans les milieux prairiaux (à l’exception des habitats primaires) dépend fortement de l’utilisation qu’en font les humains. Elle varie selon le type d’exploitation passé et actuel. Les bases théoriques qui sous-tendent le rapport entre les facteurs pédologiques de la station, les conditions climatiques, le régime hydrique et le cycle des nutriments avec la végétation sont présentés plus en détail dans l’article sur les plantes vasculaires. Historiquement, une majorité des prairies d’Europe centrale est issue de pâturages extensifs. Les surfaces non exploitées en cultures arables étaient utilisées pour une première pâture de printemps (mise à l’herbe) et fauchées seulement plus tard dans l’année, une fois que la végétation avait repoussé. Il s’ensuivait un amaigrissement des surfaces intrinsèque au système et, pendant une longue période, la situation sur le plan des nutriments fut le facteur qui limitait l’exploitation. Le chapitre Origine des milieux prairiaux traite plus en détail l’histoire de cette évolution. Au cours des siècles, diverses espèces animales (oiseaux des prairies nichant au sol, certains papillons de jour) ont vu leur reproduction s’adapter aux systèmes d’exploitation de l’assolement triennal qui avait alors cours. Les plantes développèrent des caractéristiques déterminées génétiquement et s’adaptèrent aux conditions locales de leur station et au type d’exploitation : c’est ainsi que se formèrent ce qu’on appelle des écotypes, aux propriétés particulières concernant le moment de la floraison, la tolérance à la pâture et à la fauche, la résistance à la sécheresse, etc.

Parmi tous les facteurs abiotiques qui déterminent la composition de la végétation, la composition du sol, l’hydrologie et les conditions climatiques sont les plus importants. Les conditions météorologiques extrêmes comme la sécheresse estivale, les hivers rigoureux pauvres en neige ou les gels printaniers intenses ont également un fort impact : les longues périodes de sécheresse peuvent provoquer la mort de la végétation et aboutir ainsi à une couverture végétale plus clairsemée, avec des zones de sol nu, qui favorisent le succès de la reproduction par graines de nombreuses espèces. En outre, la composition de la végétation est aussi déterminée par des facteurs biotiques : beaucoup d’espèces peuvent survivre des années dans le stock grainier d’une station sans apparaître à l’air libre. Cependant, les espèces des prairies et les espèces spécialisées des prairies et pâturages secs (PPS) ont, comparativement aux espèces moins spécialisées, plutôt une tendance à produire des graines à courte durée de vie dont le pouvoir germinatif n’excède pas 1 à 3 ans (Guntern et al. 2013).

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Bosshard (2016) représente les facteurs abiotiques et biotiques essentiels et l’influence de l’exploitation dans l’apparition et l’évolution des herbages dans un diagramme concis.
Source : Bosshard, A., 2016. Das Naturwiesland der Schweiz und Mitteleuropas. Mit besonderer Berücksichtigung der Fromentalwiesen und des standortgemässen Futterbaus, Bristol-Schriftenreihe Band 50. Haupt Verlag, Bern. © Andreas Bosshard

Conséquences de l’exploitation

Le type et l’intensité de l’exploitation ont une grande influence sur la diversité spécifique des milieux prairiaux. Selon comment ils sont utilisés et fertilisés, des synergies ou des objectifs contradictoires apparaissent en matière de biodiversité : si elle est trop intensive ou trop extensive, l’exploitation nuit à la biodiversité ; de même, son absence est préjudiciable. Lorsque de nombreuses espèces de plantes profitent de l’apport de lumière créé par l’exploitation (coupe, pâture), l’augmentation de la fréquence des coupes a un impact négatif, vu que seules quelques espèces peuvent survivre à une coupe fréquente. Aux altitudes moyennes, une grande diversité floristique et faunistique est corrélée à la pauvreté en nutriments des habitats prairiaux (Roth et al. 2013, Schlup et al. 2013).

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Bosshard (2016) montre le potentiel de productivité des herbages en fonction de l’intensité d’exploitation et de l’altitude.

zunehmende Nutzungsintensität = Intensité croissante, Ertrag = Rendement (dt MS/ha/an), Anteil der ertragsbildenden Faktoren = Part des facteures influençant le rendement, Artenvielfalt = Diversité spécifique, Artenzusammensetzung = Cortège d'espèces, Bodenstruktur = Structure du sol

Source : Bosshard, A., 2016. Das Naturwiesland der Schweiz und Mitteleuropas. Mit besonderer Berücksichtigung der Fromentalwiesen und des standortgemässen Futterbaus, Bristol-Schriftenreihe Band 50. Haupt Verlag, Bern. © Andreas Bosshard


Outre l’exploitation intensive, l’abandon de l’exploitation des habitats prairiaux dont la pérennité dépend de l’intervention humaine pose aussi problème du point de vue de la biodiversité. Que l’exploitation disparaisse ou soit inadéquate, la succession écologique se poursuit plus ou moins rapidement (voir chapitre Succession et importance des milieux prairiaux. Une exploitation inadéquate ou trop fréquente conduit au feutrage de la végétation, celle-ci est trop haute en hiver, le sol reçoit donc moins de lumière et la germination en pâtit au printemps. La composition de la végétation s’en trouve modifiée ; les espèces héliophiles déclinent. S’ils ne sont plus du tout exploités, les herbages autrefois utilisés situés en-dessous de l’étage alpin s’embroussaillent puis retournent à la forêt (à l’exception des habitats primaires). Lors de ce processus, les graminées, les espèces à port élevé et celles qui peuvent constituer des réserves importantes ou qui forment des stolons souterrains prennent le dessus. La recolonisation forestière est accélérée lorsque la végétation est clairsemée, dans les stations productives, en présence de ligneux sur ou près de la surface, ainsi que de ligneux à stolons ou à graines légères et supportant la lumière, comme les bouleaux et les peupliers par exemple (Dipner & Volkart 2010).

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En général, les plantes ayant des formes de croissance avec peu de feuilles au sol, comme la plupart des graminées (sur la photo, le Brome dressé (Bromus erectus)), sont souvent sensibles à la taille, tandis que les plantes à rosette comme l’Anthyllide vulnéraire (Anthyllis vulneraria) sont plus tolérantes à la taille.

Conséquences de la fauche sur la flore et la faune

Les facteurs suivants, liés à l’exploitation, influencent la biodiversité (selon la communauté végétale et sa vigueur) : dates et fréquences d’utilisation et, surtout pour la faune, type de machines et outils employés. De façon générale, les espèces végétales qui n’ont que peu de feuilles proches du sol sont sensibles à la coupe, alors que les plantes à rosettes en profitent plutôt; les petites espèces peu concurrentielles sont également dépendantes d’une fauche ou d’une pâture régulière dans les herbages situés en-dessous de la limite des arbres (Dullau et al. 2012). Les hémicryptophytes dominent sur les sols mi-secs à humides des herbages exploités. Si le sol devient plus sec, des arbrisseaux nains et des plantes annuelles à floraison précoce peuvent coloniser les espaces entre les touffes et les rosettes. Les plantes à bulbes et à tubercules réussissent aussi à s’implanter dans des conditions sèches et maigres. La morphologie et la physiologie particulières des graminées leur permet de dominer les milieux prairiaux d’Europ centrale, caractérisés par des perturbations régulières (fauche et abroutissement) : les graminées ont une capacité de renouvellement très prononcée et possèdent une grande variété de structures servant à la repousse, sous forme de ramification, stolons, rhizomes, etc. Les graines germent vite et facilement, et les plantes sont promptes à former des fleurs et des fruits après avoir germé (Eggenberg et al. 2001).

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Les graminées – Plantes idéales des prairies. Source : Eggenberg, S., Dalang, T., Dipner, M., Mayer, C., 2001 : Cartographie et évaluation des prairies et pâturages secs d’importance nationale. Rapport technique. Cahier de l’environnement no 325. Editeur : Office fédéral de l’environnement, des forêts et du paysage (OFEFP), Berne. 252 p.

On opère une distinction entre les effets directs de la fauche sur la faune – à savoir les impacts négatifs provoqués sur la faune par les processus de coupe et de récolte – et les effets indirects – à savoir les impacts négatifs provoqués sur les habitats par les processus de coupe. Le passage des engins de coupe, de récolte et de préparation (faucheuses, faneuses, conditionneuses, etc.) blesse ou tue un grand nombre de petits animaux et de jeunes. Il en est de même avec le passage répété des machines (engins lourds à larges pneus) sur les surfaces. La mortalité directe due à la fauche dépend, pour chaque espèce, de la taille et de la sensibilité corporelles, ainsi que de la mobilité ; par ailleurs, l’ampleur des pertes dépend du comportement et des possibilités de fuite, du lieu où se trouve l’animal lorsqu’a lieu l’exploitation, ainsi que du type d’engin et de la façon dont il est réglé. Les impacts indirects sur la petite faune sont causés par le manque de nourriture, le manque d’abris, le manque de niches pour la reproduction et pour le repos, les perturbations des structures (toiles d’araignées, fourmilières, p. ex.), et la perte des micro-habitats. Une surface fauchée présente cependant des conditions thermiques et physiques plutôt favorables pour les arthropodes et certains oiseaux (ponte, développement larvaire, accès à la nourriture, p. ex.), ce qui peut avoir un effet positif sur une population à plus long terme (Braschler et al. 2009). Les coléoptères semblent également montrer une relative résistance au régime de coupes, au contraire des hémiptères, des papillons de jour et des araignées, sur l’abondance et la diversité desquels la fauche exerce une influence négative drastique (Humbert 2010).

De plus, une partie de la biomasse animale est éliminée lors du transport du produit de coupe. L’ensilage provoque à cet égard une destruction beaucoup plus massive que les foins ou les regains. Faucher est nécessaire pour maintenir les milieux ouverts, contribue à la richesse de la flore, et crée un habitat pour une faune diversifiée. Cependant, les impacts négatifs directs et indirects mentionnés plus haut représentent une atteinte sévère pour beaucoup d’espèces animales, et le nombre d’espèces diminue nettement avec l’augmentation de la fréquence des coupes. Les espèces qui ont plusieurs générations par an sont moins sensibles à la fauche que celles qui n’en ont qu’une, car elles peuvent boucler un cycle de développement complet entre deux coupes (Walter et al. 2007). Le chapitre Conservation et revalorisation par la fauche présente comment on peut procéder aux différentes étapes de la fauche et de la récolte en respectant la biodiversité.

Impacts de la date de coupe sur la flore et la faune

Le moment auquel on exploite l’herbage a une influence majeure sur la quantité et la qualité du fourrage et sur la composition du peuplement végétal. La plupart des plantes des prairies ont une phénologie très bien adaptée aux délais de fauche traditionnels, tolèrent une première coupe en juin et parviennent régulièrement à la floraison ainsi qu’à la production de graines ; c’est le cas des espèces qui peuvent se reproduire par la voie végétative et de celles qui peuvent fleurir et grainer après une repousse. Les délais de coupe habituels sur les surfaces de promotion de la biodiversité peuvent être consultés dans la brochure de Caillet-Bois et al. (2017) éditée par Agridea. Une fauche très précoce ou une utilisation trop fréquente peut dépasser la capacité de régénération des plantes de prairies, ce qu’on ne remarque souvent qu’après quelques années. Outre le moment de la coupe, l’intervalle entre les utilisations détermine si des espèces peuvent se reproduire, et, le cas échéant, lesquelles : s’il s’écoule au moins six à huit semaines entre la première coupe et la deuxième, de nombreuses espèces d’une prairie à deux coupes peuvent encore parvenir à maturité. Si, par contre, ce délai est raccourci de deux semaines ou plus, plus que la moitié d’entre elles parviennent en une année à la maturité (Poschlod 2011). Si la première coupe a lieu après la formation des fruits (graines) mûrs, la plupart des espèces n’atteignent pas une deuxième fois le stade des fleurs ou des fruits – raison pour laquelle les prairies fauchées tardivement peuvent apparaître, en plein été et à la longue, tout aussi pauvres en fleurs que les jachères (en fonction de la composition de la végétation et des conditions thermiques de la station concernée). Les délais de coupe tardifs dans les prairies pauvres en nutriments mènent souvent à un embroussaillement et à une prairie haute, l’horizon de germination reçoit moins de lumière, ce qui évince les espèces peu concurrentielles à port bas. Ce sont les changements survenant lors de la première pousse qui déterminent l’évolution à long terme des herbages. Une prairie riche en nutriments qui est exploitées tard, peu ou pas du tout a tendance à voir la part de mauvaises herbes augmenter (Schmid et al. 2007). La possibilité pour la faune de boucler son cycle de reproduction est aussi déterminée par les dates auxquelles les prairies sont exploitées (Burri et al. 2013, 2014). Les exigences concernant l’habitat et, par conséquent, les dates de fauche permettant le succès de la reproduction sont différentes pour chaque espèce ou groupe d’espèces. Une coupe estivale après l’envol des jeunes est ainsi favorable à de nombreux nicheurs des prairies, par contre elle décime les araignées bien plus qu’une coupe printanière ou automnale. Poschold (2011) synthétise les résultats de plusieurs études concernant les dates de fauche optimales pour les papillons de jour et les zygènes. D’un point de vue faunistique, il faudrait laisser dix semaines d’écart entre deux coupes (Walter et al. 2007). Une grande variété d’utilisations des herbages et de dates auxquelles on les exploite a des conséquences positives sur la reproduction de nombreuses espèces et par conséquent sur la biodiversité.


Exemple pratique : Effets de différents procédés de coupe sur la végétation des praires à fromental et des prairies maigres
Dans un essai sur plusieurs années, Agrofutura a appliqué différents régimes de fauche sur une prairie à fromental et une prairie maigre à deux coupes. Les dates des foins (25.5 / 15.6 / 15.7) et, sur la prairie maigre, celle des regains (pas de regains, regains précoces mi-août, regains tardifs mi-septembre) ont été fixées à différents moments. Selon les résultats actuels, les deux types de prairies sont très résilients en ce qui concerne les changements de dates de fauche, et quasiment aucun changement n’a été constaté au niveau de la végétation. On note cependant que quelques grandes espèces à floraison tardive, de même que quelques graminées à port élevé profitent d’une coupe tardive à mi-juillet. Le procédé pour les regains, contrairement à celui pour les foins, a quant à lui conduit à des modifications évidentes de la végétation : l’absence de regain a surtout profité aux graminées à port élevé (Bromus erectus, Arrhenntherum elatius) au détriment des petites herbacées et des légumineuses. L’abandon de la deuxième coupe a donc conduit à un embroussaillement de la prairie. Une coupe de regains tardive à mi-septembre a provoqué l’évolution inverse ; l’embroussaillement et le déclin des herbes ont été empêchés, tandis que les petites graminées et laîches ainsi que les légumineuses ont pris de l’importance. Des regains effectués à mi-août ou à mi-septembre ont également produit une différence nette : plus la végétation était haute en automne (donc plus les regains étaient effectués tôt), moins le sol recevait de lumière au printemps. Si un peuplement pousse trop en hiver, la végétation se feutre, ne laissant passer que très peu de lumière printanière jusqu’au sol, et empêchant la germination et la croissance des herbes. Les prairies maigres à deux coupes ont donc pu être revalorisées par une coupe de regain tardive, et leur offre en fleurs nettement augmentée – on ignore encore si ces résultats peuvent être transposés à des prairies plus riches en nutriments. Une coupe de regain tardive semble présenter un avantage clair pour les herbacées, ce qui pourrait revêtir toute son importance en regard de la période de végétation qui s’allonge toujours plus sous l’influence du changement climatique (Landolt & Lüthy 2018).


Informations complémentaires

  • Les effets de la fauche sur la flore sont décrits ici (en allemand) : Grünlandleitfaden
  • Effets de la fauche sur la faune : Van de Poel & Zehm (2014) ont effectué une revue de littérature pour les services de protection de la nature.
  • Walter et al. (2007), Humbert et al. (2009), Humbert et al. (2010) et Humbert (2010) livrent des informations de diverses études.
  • La fiche de l’Agridea de Schiess-Bühler et al. (2011) compile les effets des techniques de récolte sur la diversité spécifique des prairies et publie des recommandations.

Effets de la pâture

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Une pâture adéquate permet de revitaliser des habitats et de favoriser les espèces.

Le site Grünlandleitfaden (en allemand) donne des informations générales sur les effets de la pâture sur le sol, la flore et la faune.
Tout comme la fauche, la pâture exerce un effet sélectif sur les cortèges d’espèces présents. Si la fréquence d’utilisation est élevée (prairie mi-intensive), la végétation est maintenue basse par la pâture, et les strates de végétation proches du sol reçoivent plus de lumière. Le piétinement et l’abroutissement sélectif dus aux herbivores ont un effet similaire : ils créent localement des niches différentes et des zones où les plantes peuvent germer. Les zones de sol nu sont attrayantes pour les arthropodes et la végétation qui reste sur pied leur offre un habitat et des quartiers d’hiver. Bosshard (2016) présente plus en détail au chapitre 2.4.3 les effets particulièrement significatifs de la fauche sur la biodiversité en comparaison de ceux de la pâture. Jusqu’à un certain seuil de pression de pâture minimale, la diversité faunistique est d’autant plus élevée que l’intensité de pâture est faible. Les structures telles que le bois, les tas de pierres, les zones de sol nu, les flaques, les sources et les ruptures de terrain sont très importantes pour la faune (Martin et al. 2018).
La pâture extensive favorise l’hétérogénéité locale et la dispersion active des plantes par le bétail. Outre les conditions liées à la station, le type et l’intensité de la pâture sont décisifs pour la flore : sur une surface soumise à une pâture extensive, les espèces végétales résistant à la pâture – plantes ligneuses, à forte odeur, toxiques, poilues ou à épines, par exemple – peuvent bien se maintenir ou sont même favorisées. Sur des prairies maigres riches en espèces et pauvres en nutriments, le pâturage est cependant déconseillé, car les plantes sensibles au piétinement et à l’abroutissement, en particulier annuelles et bisannuelles, en souffrent passablement. Pour y remédier, on peut clôturer les surfaces sur lesquelles ces espèces sont présentes et les soumettre à un entretien particulier. En général, les prairies de fauche de valeur ne doivent en aucun cas être pâturées. Pour la promotion de la biodiversité, il est crucial que la gestion du pacage et l’entretien par la pâture soient adaptés à la station.
La végétation ne doit pas devenir trop haute en hiver sur les prairies de fauche sous peine de conduire à une accumulation de nutriments et d’influencer négativement la diversité spécifique par la formation d’un feutrage. On peut contrecarrer cela par une pâture d’automne. Les effets écologiques et l’usage d’un pâturage précoce de printemps sont décrits plus en détail dans le chapitre Origine des milieux prairiaux.

L’illustration suivante donne un aperçu schématique des différentes qualités d’habitat en cas de fauche respectivement de pâture (Briemle et al. 2014). A noter ici qu’une fauche en mosaïque peut aussi faire s’approcher une surface de fauche des caractéristiques d’un pâturage, et qu’on peut obtenir une bonne diversité structurale également dans les prairies de fauche.

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Quelques aspects de la qualité d’habitat dans un régime de fauche et dans un régime de pâture extensive.
Source : Briemle et al., 2014 : Wiesen und Weiden. Chapitre XI-2.8 dans Konold, 1999. Handbuch Naturschutz und Landschaftspflege : Kompendium zu Schutz und Entwicklung von Lebensräumen und Landschaften. Wiley-VCH, Weinheim.

Informations complémentaires

Plantes et animaux des milieux prairiaux

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Le meilleur et le pire de la biodiversité : prairie maigre riche en espèces et colorée, et prairie grasse monotone.

L’éventail des milieux prairiaux est très large, entre ceux qui sont riches en espèces et, à l’autre extrême, ceux qui sont pauvres en espèces. De façon générale, les herbages font partie des habitats d’Europe potentiellement les plus riches en espèces, avec jusqu’à 80 espèces végétales par mètre carré, et représentent l’habitat principal de nombreuses espèces végétales et animales. Les milieux prairiaux utilisés extensivement présentent une grande diversité d’espèces : plus de 900 espèces animales et végétales de Suisse sont inféodées aux prairies et pâturages secs (PPS) par exemple, et près de la moitié de ces espèces sont menacées. Au contraire, à l’autre bout du spectre, les herbages intensifs n’offrent plus aucun habitat à la plupart des groupes animaux et végétaux. Au niveau d’un paysage, la présence et la répartition d’herbages utilisés de manière différenciée dans une région joue un rôle dans la richesse en espèces globale de celle-ci. De nombreux groupes animaux et végétaux ne sont pas liés à un type de végétation précis, mais ont généralement besoin de la présence simultanée de différentes structures d’habitat (Schmidt 2007). Les éléments sur lesquels se construit le lien avec l’habitat peuvent être sa structure, sa connectivité, la taille de ses surfaces ou sa dynamique spatiale et temporelle. Les bases écologiques sont exposées dans les articles sur les différents groupes d’espèces (Papillons diurnes, Abeilles sauvages, Orthoptères). Les papillons de jour et les orthoptères sont des groupes dont les prairies et pâturages constituent le centre de gravité de la répartition : 85% des papillons diurnes et 80% des orthoptères de Suisse se développent dans les milieux prairiaux. Pour ces deux groupes, il est de première importance que les surfaces d’herbages extensifs soient les plus grandes et les mieux interconnectées possibles. Des surfaces trop petites ainsi qu’un isolement croissant par des distances relativement grandes entre les surfaces ont des conséquences néfastes sur la taille des populations et leur capacité de survie. Les milieux prairiaux riches en espèces offrent de plus un habitat aux oiseaux des prairies, que ce soit pour y nicher et/ou pour se nourrir.

On peut interroger différentes bases de données sur la présence des espèces dans tel ou tel habitat :

  • La banque de données éco-faunistique contient des informations sur l’écologie des espèces de onze groupes d’animaux différents et sur le statut des espèces indicatrices des prairies sèches.
  • Objectifs environnementaux pour l’agriculture (OEA) : la liste des espèces OEA renseigne aussi sur leur présence dans différents types d’habitats (prairie extensive, pâturage extensif).
  • La Flora Indicativa compile les caractéristiques écologiques et biologiques de quelque 5500 espèces de plantes vasculaires, 600 espèces de mousses et 200 espèces de lichens de la flore de Suisse et des Alpes. La base de données qui va de pair permet aussi de soumettre des requêtes concernant les habitats.
  • La Fauna Indicativa compile les préférences écologiques et les caractéristiques biologiques de toutes les espèces de libellules, orthoptères, carabes et papillons diurnes indigènes de Suisse.
  • Classification Phytosuisse : cet ouvrage de référence décrivant brièvement chaque association végétale (classification selon Delarze et al.) est en cours d’élaboration. Pour l’instant, seules des données sur l’unité IV « Pelouses, prairies et combes à neige » sont disponibles dans les groupements des milieux prairiaux.
  • Pour les prairies de fauche du canton de Lucerne, Schmid et al (2007) donnent les espèces indicatrices et les espèces caractéristiques de la flore et de la faune pour différents types de prairies. Les espèces caractéristiques (en allemand) sont décrites pour les habitats du canton de Lucerne.
  • Le rapport final sur le Réseau écologique national REN définit des guildes d’espèces cibles pour différents groupements d’habitats (Berthoud et al. 2004).
  • La clé présente les espèces caractéristiques pour les herbages fertilisés (Bosshard 2016).
  • Le rapport cartographique, les aides à l’exécution PPS et les autres bases de travail PPS de infohabitat donnent de nombreuses et utiles informations sur la présence des espèces et les données négatives.

Autres chapitres sur les milieux prairiaux

Auteures

Texte Karin Loeffel faunatur
Review Andreas Bosshard Ö+L GmbH
Jean-Yves Humbert Universität Bern, Conservation Biology
Heiri Schiess
André Stapfer
Markus Staub Projekte Ökologie Landwirtschaft
Gaby Volkart atena
Traduction Sandrine Seidel Filoplume Traduction